16 mai 2014

Le dossier Bouygues Telecom

bouygues télécoms
Décidément l'arrivée de Free Mobile sur le marché des télécommunications mobiles français n'en a pas fini de faire couler de l'encre. Coté consommateurs, il est indéniable que les clients ne sont plus pris pour des vaches à lait : le prix de l'abonnement mobile pour ceux qui ont choisi Free Mobile a grosso modo été divisé par 2. On passe d'un coût forfaitaire de l'abonnement mensuel qui tournait autour de 40€ à un prix moyen mensuel de 20€ pour un abonnement téléphonique sans engagement. Mais aussi sans smartphone.




Si maintenant on s'intéresse à l'autre facette : le côté opérateur de télécommunications mobiles, on s'aperçoit que l'onde de choc s'est faite en 3 temps.

La fuite en avant dans le low-cost

Première impact immédiat : sur le cash-flow des opérateurs de télécommunications mobiles. L'arrivée de Free Mobile s'est traduite par une réponse marketing et commerciale immédiate de la part de ses concurrents (Orange, SFR et Bouygues) : tous ont suivi Free Mobile sur le segment du low-cost. Par la création de filiales low-cost dédiées (B & You, Joe et Sosh) ou de marques low-cost (Red). Cette réponse marketing a eu un impact ... sur le plan marketing : les positions de chacun en terme de parts de marché ont été plus ou moins maintenues passé le choc des premiers mois, et la marée Free Mobile a été endiguée. Mais ça ne s'est pas fait à n'importe quel prix. La formule low-cost réduit la part de service à la portion congrue (c'est à dire zéro service). Or la marge des opérateurs mobile s'effectuait sur ce service qu'ils facturaient au prix fort à des clients un peu pris en otages par des opérateurs qui proposaient tous la même chose. Plus de service, plus de marge, moins d'argent qui rentre contre des frais fixes d'infrastructure qui ne changent pas. Et des frais prévisionnels qui vont augmenter pour financer les équipements nécessaires à la construction du réseau 4G. D'où problèmes, étranglements financiers en vue. Les résultats comptables se sont réduits comme peau de chagrin. Vivendi reconnaissait ainsi en février 2014, avoir enregistré une dépréciation d'écart d'acquisition sur SFR d'un montant de 2,431 milliards. Ce qui représente à l'échelle de Vivendi une année de résultat brut d'exploitation (EBITDA), ou 10% de son chiffre d'affaires annuel. L'augmentation de la concurrence sur le marché des télécoms mobiles avait transformé SFR en consommateur de capitaux, lui qui était auparavant la principale source de revenus de Vivendi. Vivendi s'est alors posé la question du devenir de SFR et avait décidé de se séparer de sa filiale qui n'apportait plus la satisfaction voulue. Plusieurs voies avait été explorées, et l'introduction en bourse, prévue pour la mi-2014, avait été retenue.

Le mouvement de concentration

Le rachat de SFR

A partir de ce moment, les groupes potentiellement intéressés ont approché Vivendi. Bouygues ne voulait pas s'avancer afin de ne pas faire monter les prix. Le problème est que tout le monde en France souhaitait que ce rachat soit effectué par Bouygues Télécoms. Tout d'abord parce que des accords de partage de réseau étaient en bonne voie entre Bouygues et SFR. Or ce rachat, après plusieurs semaines d'attente, est réalisé par un Numéricable qui se montre beaucoup plus volontaire dans les discussions qui s'engagent. Mais Numéricable est mal accepté. Mal accepté car ne permettant pas de réduire le nombre d'opérateurs de téléphonie mobile à 3. 3 opérateurs mobiles étant le chiffre défendu par Arnaud Montebourg comme l'expression de la perfection dans le monde de la téléphonie mobile en France. Cette idée d'un paysage mobile français à 3 doit permettre aux opérateurs français de télécommunications mobile de pouvoir vivre normalement sur un secteur industriel qui va demander beaucoup d'investissements, notamment pour le déploiement de la 4G et la couverture des zones blanches en ADSL.

Bien qu'il ait été beaucoup décrié, ce rachat se présente comme le meilleur industriellement parlant. SFR et Numéricable sont complémentaires et n'ont pas de doublons : Bouygues est peu présent dans le fixe et pas dans le câble, Numéricable est absent du mobile. Contrairement à ce qu'aurait pu être un rachat de SFR par Bouygues : 2 réseaux mobiles importants et presque pas de réseau fixe.

Le rachat de Bouygues

SFR représentait un peu pour Bouygues Télécoms sa bouée de sauvetage. En effet Bouygues Télécoms souffre d'un manque de taille critique dans le mobile comme dans le fixe. Et à voir comment Martin Bouygues fulminait après que sa défaite eut été constatée, on imagine mieux la profondeur de ce qu'il considère comme un échec. L'épisode Alstom semblerait lui avoir porté un coup de grâce. Pour mémoire, en 2006 Martin Bouygues a été persuadé par le pouvoir (son ami Nicolas Sarkozy est alors ministre de l'Intérieur), de prendre une participation d'un peu plus de 20% dans Alstom (payé 68,21€ l'action le 27 avril 2006, soit 2 milliards d'euro). L'État, pour des raisons politiques, ne pouvait plus garder une telle participation. L'État a du soutenir financièrement un Alstom au bord du dépôt de bilan au début des années 2000, soutien que l'Europe de Bruxelles a accepté du bout des lèvres à la condition pour la France d'abandonner sa participation dans Alstom. Aujourd'hui, alors que Montebourg fait des pieds et des mains pour maintenir un Alstom français, Martin Bouygues comprend qu'il se retrouve plus ou moins collé avec sa participation dans Alstom (surtout après le décret qui classe Alstom comme entreprise stratégique pour la France, donc soumise à autorisation gouvernementale en cas d'achat par une société étrangère). D'un autre côté les télécoms mobiles n'amènent plus le flux de liquidités nécessaire au groupe. Au contraire l'investissement dans la 4G demande beaucoup d'efforts à Bouygues et Free Mobile a déjà annoncé que la 4G serait au même prix que la 3G. On parle donc beaucoup ces derniers jours d'un rachat de Bouygues par Orange. Faut-il comprendre que l'État, au lendemain de son "décret Alstom" se sente coupable envers Bouygues au point de le compenser de sa participation invendable dans Alstom par le rachat de sa branche télécommunications mobiles par Orange ? D'autant plus plausible que Stéphane Richard se sente obligé de préciser chez Orange « On évalue nos options, mais personne ne m'a demandé du côté de l'Etat d'étudier le rachat de Bouygues Telecom», dans la presse (cf. Les Échos du 15 mai 2014).

Et industriellement ? Pas sûr que ce soit une bonne solution. Orange et Bouygues Télécoms ont en doublon un réseau de télécoms mobiles important et déjà bien déployé dans la 4G. Au niveau de l'Autorité de la concurrence, la solution ne passerait pas : on arriverait en France à un géant de plus de 50 millions de clients mobiles contre 11 millions de clients dans le mobile pour Free Mobile.

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